Bérénice, 25 ans

Je m’appelle Bérénice, j’ai 25 ans. Je suis une femme cisgenre & hétéro.
Je pense pouvoir dire que je suis grosse maintenant. Même si je pense ça de moi depuis que j’ai 12 ans – et que je ne l’étais pas encore-. Je fais du 48 en taille de vêtement pour 1m58.

Grosse est un qualificatif comme un autre, mais qui a une sonorité bien trop péjorative. Même pour moi. J’ai encore du mal à me qualifier moi-même de grosse sans penser que c’est mauvais. Alors que, paradoxalement, pour les autres je peux trouver une personne grosse ET belle.

Mon parcours avec le poids est chaotique. J’ai été un peu ronde quand j’étais petite. Les médecins ( mon médecin ou une tante « pédiatre » ) ont prévenu ma mère que je deviendrai obèse, qu’il fallait qu’on me mette au régime.
Mon premier régime, je l’ai fait à environ 7/8 ans. J’ai ensuite fait pas mal de boulimie : je mangeais en quantité astronomique dès que mes parents n’étaient pas là et je cachais les emballages sous le canapé, dans le jardin, dans les toilettes … Avec tout ça, j’ai donc repris du poids vers mes 12 ans avant de me faire vomir pendant plusieurs années. Là je suis devenue mince, voir maigre de mes 14 ans à mes 17 ans. Ensuite, j’ai pris énormément de poids à l’arrêt des vomissements. Et j’ai depuis fait du yoyo depuis pour atteindre mon maximum aujourd’hui, poids que je n’ose pas encore divulguer sans ressentir cette « honte » commune à beaucoup de personnes grosses.

MEDICAL

J’ai souffert de depression et d’épilepsie, sans que cela ait un rapport avec mon poids. J’ai des ovaires polykistikes dont le poids est plus ou moins la cause et la conséquence ( le chat qui se mord la queue …).

 

A 20 ans, j’ai vu mon gyneco pour un controle de routine, après deux ans sans suivi. Il ne m’a pas du tout écouté quand j’ai commencé à lui dire les inquiétudes de mon médecin et de ma diététicienne concernant la possibilité de souffrir d’ovaires polykistiques. Il m’a tout de suite pesée avant même de me dire bonjour. Et a enchainé avec « Bon. Va falloir arrêter l’macdo hein. »«  Non mais j’crois que vous vous rendez pas bien compte. Dans 3 ans, vous allez peser 100kilos. Et puis alors là pour maigrir après y’a la peau qui pend et tout. A même pas 25 ans c’est quand même bien triste. » « Mais heu, vous êtes toujours avec votre ami ? Mais ça le dérange pas que vous soyez comme ça ? ». Bref , un long monologue où j’avais le coeur au bord des lèvres et les larmes au bord des yeux. Je suis sortie de là en larmes et j’ai eu le sentiment que personne n’a vraiment pu écouter ma peine. Une amie à moi m’a même dit « Bah en même temps il allait pas te dire que le macdo c’était bien … »

Aujourd’hui, il n’exerce plus : ouf !

Je redoute toujours les gynécologues justement par rapport à cette mauvaise expérience.

Mon poids, on m’en parlait systématiquement alors même que je ne demandais rien. J’ai aussi noté une cruelle différence de traitement entre mes années d’anorexie où on me voyait comme une petite chose à qui on devait parler avec douceur et respect … et mes années de surpoids où les professionnels de santé semblent voir mon gras comme une carapace leur permettant de me parler mal, comme si rien ne devait m’atteindre.

Les médecins plus âgés ont moins de tact, en général. Mais comme les personnes âgés en règle général aussi.

Je n’ai jamais eu de problème avec les équipements médicaux type IRM ou tensiomètres. J’ai été anesthésiée, je n’étais pas encore au plus haut de mon poids mais je faisais bien 75kg, j’avais eu tellement peur que mon poids soit un problème que je lui ai demandé, et il m’avait rassuré. 

Pour que je considère un médecin bienveillant, il doit me traiter comme une personne normale, ne pas voir mon poids comme cause du moindre problème de santé, être doux, sensible à ce que j’ai pu vivre concernant mon poids.

Bien sûr que j’accepte qu’un médecin me parle de mon poids, parce que je suis bien au fait que c’est un problème en ce qui me concerne. Mon médecin généraliste actuel a d’ailleurs bien compris mon fonctionnement. M’a déjà parlé de mon poids, à chaque fois même, pour savoir où j’en suis, si ça va. Enfin. Elle me parle pas tant de mon poids mais plus de mes troubles alimentaires. J’attends qu’elle ne m’impose pas de connaitre mon poids par exemple si elle sent que c’est une source d’angoisse. Et surtout, j’attends qu’elle ne me parle JAMAIS de chirurgie de l’obésité. Si ça doit venir, ça doit venir de moi.

A 20 ans, je n’ai malheureusement pas osé répondre à un medecin ou quitter un cabinet. Mais 5 ans après, je pense que j’en serai capable.

ESPACE PUBLIC

– Comment définirais tu l’espace public ?

Effrayant. Je m’y sens jugée. Mais je me sens jugée et regardée depuis que j’ai 10 ans, alors je ne sais pas si je suis toujours très objective.

Je prends les transports en commun. Quand je suis avec quelqu’un, ça va. En revanche, quand je suis seule, j’ai toujours peur de me faire draguer lourdement, de me faire embêter ou de gêner les gens si je m’assoie à côté d’eux.

Je n’ai pas repris l’avion depuis que je suis aussi grosse, donc j’attends de voir … Mais ça a toujours été, même si avec les compagnies low cost, le confort est très sommaire.

Pour me sentir à l’aise, j’écoute ma musique en permanence. Je reçois des insultes, très souvent liées à mon absence de réponses quand on me drague.

J’aimerais qu’on arrête de juger les gens à leur tour de taille, qu’on ne considère pas que gros = feignant, sale, sans volonté …

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